Yves Nosbusch

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Démystification des Asset Backed Securites (ABS)

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L'inflation en zone euro reste trop basse, c'est-à-dire trop éloignée de l'objectif de 2% de la Banque centrale européenne (BCE). Si cette situation persiste dans les mois à venir, la mise en place de politiques monétaires non-conventionnelles par la BCE devient plus probable. En particulier, la BCE pourrait lancer un programme d'achats obligataires à grande échelle (Quantitative Easing), comme le font déjà les banques centrales aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni. Les actifs visés pourraient être des obligations étatiques et des titres émis par le secteur privé, notamment des titres adossés à des actifs (Asset Backed Securities, ou ABS). Ces produits financiers ont souvent été critiqués pour leur rôle dans la crise financière récente. En effet, le marché des ABS en zone euro n'a pas vraiment redémarré depuis la crise même si les pertes sur les ABS européens ont en fait été très limitées. Le but de cet article est de donner une illustration du fonctionnement de ces ABS.

 

Une idée simple

L'idée de base est de regrouper un grand nombre de prêts individuels et de les transformer en plusieurs nouvelles catégories de titres négociables avec un risque de défaut de paiement différent de celui des prêts initiaux. On peut illustrer ce processus à l'aide d'un exemple simple. Commençons avec cent prêts bancaires à des particuliers ou à des entreprises. Les prêts sont à risque puisque chaque emprunteur pourrait entrer en défaut de paiement. Pour simplifier, supposons que chaque prêt s'élève à 1 million d'euros et que, en cas de défaut, les créanciers perdraient la totalité de leur investissement.

 

 Illustration

 

Le processus consiste à regrouper les 100 prêts pour créer par exemple deux nouveaux titres : une tranche senior d'une valeur nominale de 80 millions d'euros et une tranche junior d'une valeur nominale de 20 millions (en pratique, il y aurait plus de deux tranches). L'idée principale est la suivante : le mécanisme prévoit que s'il y a des défauts de paiement sur les prêts initiaux, les pertes vont se répercuter d'abord sur la tranche junior. Pour l'illustrer, supposons que dans l'exemple, 10% des prêts fassent défaut. Dans ce cas les investisseurs dans la tranche junior subiraient une perte de 50% (10 millions sur un investissement total de 20 millions). Les investisseurs dans la tranche senior seraient eux remboursés à 100%. Dans cet exemple il faudrait donc que plus de 20 % des prêts soient en défaut de paiement pour que les investisseurs dans la tranche senior subissent une perte. 

 

Cet exemple illustre le fait que ce processus permet de créer de nouveaux titres qui ont un risque de défaut de paiement différent de celui des prêts initiaux. En particulier, la tranche senior a un risque de défaut moins élevé alors que la tranche junior a un risque plus élevé. L'ampleur de cet effet dépend de la corrélation des prêts sous-jacents. Un autre avantage de ce processus est que les actifs qu'il produit sont plus facilement négociables puisqu'ils portent sur des montants plus importants que les prêts initiaux. 

 

Effet sur le financement de l'économie réelle

De nombreux investisseurs institutionnels (compagnies d'assurance, fonds de pension etc.) peuvent uniquement investir dans des titres qui sont négociables et de très bonne qualité. En créant des tranches senior négociables avec un risque de défaut réduit, le processus des ABS permet à ces investisseurs de participer davantage au financement de l'économie réelle tout en obtenant une meilleure diversification de leur portefeuille. En même temps cela permet aux banques d'alléger leurs bilans et de libérer du capital qui peut alors être déployé pour faciliter l'accès au crédit des ménages et des entreprises. Par ailleurs les banques peuvent démontrer leur engagement sur le maintien des critères de sélection et de surveillance des prêts en gardant une partie des tranches junior à leurs bilans.

 

Rôle des ABS dans la crise

L'idée de relancer le marché des ABS a suscité des réactions mitigées puisque les ABS étaient au centre de la crise financière récente. Il faut cependant dire que les problèmes en 2007-08 étaient concentrés dans des ABS adossés à des prêts immobiliers à haut risque aux États-Unis (les fameux subprime) ainsi que dans des titres plus exotiques comme les collateralized debt obligations (CDO) où on a réappliqué le processus une deuxième voire une troisième fois à des tranches existantes, ce qui a conduit à une augmentation des risques et de la complexité de ces produits. Par contre, les ABS simples et transparents ont été largement utilisés depuis les années 80 sans causer de problèmes systémiques. 

 


 

Article achevé de rédiger le 9 mai 2014 par Yves Nosbusch, Chief Economist de la banque  

Publié dans le Luxemburger Wort le 9 mai 2014 

 

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