Yves Nosbusch

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La Banque centrale européenne prête à agir

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euro currency Dans le passé, les banques centrales ont souvent dû lutter contre des niveaux d'inflation trop élevés. Aujourd'hui, dans la plupart des économies avancées, elles font face au problème inverse : une inflation trop faible voire un risque de déflation, c'est-à-dire une chute généralisée des prix. Les effets d'une déflation sur l'économie réelle sont néfastes, comme l'a démontré l'expérience du Japon au cours des vingt dernières années. D'abord, la demande se voit réduite puisque les consommateurs ont une incitation à reporter leurs achats quand ils anticipent des baisses de prix. Ensuite, le désendettement des secteurs public et privé devient plus difficile puisque la valeur réelle d'un prêt augmente de façon mécanique quand le niveau général des prix baisse. Pour les banques centrales, il s'agit donc d'éviter une situation de déflation tout aussi bien qu'une situation d'inflation trop élevée. L'objectif de la Banque centrale européenne (BCE), qui est de maintenir des taux d'inflation à des niveaux inférieurs à, mais proches de, 2% à moyen terme, s'inscrit dans cette logique.

 

La situation en zone euro

Depuis 2012, l'inflation a sensiblement ralenti en zone euro pour atteindre un point bas de 0,7% en octobre 2013. Elle a légèrement rebondi par la suite avant de s'établir à un niveau de 0,8% en janvier et février 2014. Quelles sont les raisons de ce ralentissement de l'inflation ? En partie, elles sont structurelles : des excès de capacité importants et notamment des taux de chômage très élevés qui réduisent les pressions salariales. D'un autre côté, une grande partie du ralentissement de l'inflation depuis 2012 s'explique de façon plus mécanique par la baisse des prix pétroliers et l'appréciation de l'euro qui a diminué le prix des importations.

 

La BCE a récemment présenté ses nouvelles prévisions pour la zone euro. L'institution prévoit une accélération progressive de l'inflation (1% en 2014, 1,3% en 2015 et 1,5% en 2016) et de la croissance (1,2% en 2014, 1,5% en 2015 et 1,8% en 2016). Par rapport aux estimations précédentes, la prévision d'inflation pour 2014 a été revue à la baisse tandis que la prévision de croissance pour la même année a été revue à la hausse.

 

La BCE en attente…

Avec des taux d'inflation déprimés prévus pour plusieurs années, un enjeu crucial pour la BCE est de maintenir les anticipations d'inflation à moyen terme autour de son objectif de 2%. Pour le moment, ces anticipations, telles que mesurées par le Survey of Professional Forecasters, semblent en effet rester stables à un horizon de cinq ans, même si elles ont sensiblement baissé à des horizons de un à trois ans.

 

La réunion très attendue du conseil des gouverneurs de la BCE du 6 mars s'est finalement soldée par un statu quo : pas de changement sur les taux directeurs et pas d'annonce de nouvelles mesures non conventionnelles. La prévision d'une accélération progressive de la croissance et des anticipations d'inflation à moyen terme qui restent relativement stables ont sans doute contribué à cette décision. Depuis, l'euro s'est encore apprécié contre le dollar.

 

…mais prête à agir

Si l'inflation mesurée ou anticipée continue à s'établir en-dessous des prévisions au cours des prochains mois, la BCE pourrait se montrer plus réactive. Son président, Mario Draghi, a répété que l'institution était prête à agir. Elle dispose de plusieurs leviers potentiels. Il y a d'abord la possibilité d'une baisse additionnelle des différents taux directeurs. Ainsi, le taux auquel les banques peuvent se refinancer auprès de la BCE (actuellement fixé à 0,25%) pourrait encore être baissé. Par ailleurs, le taux auquel les banques sont rémunérées quand elles déposent leurs liquidités auprès de la BCE (actuellement fixé à 0%) pourrait passer en territoire négatif. Ensuite, il y a des mesures de nature plus technique qui viseraient à augmenter la liquidité globale du système bancaire (nouvelles opérations de refinancement à long terme, diminution des réserves obligatoires, arrêt de la stérilisation du Securities Markets Programme).

 

Enfin, trois mesures novatrices étaient explicitement mentionnées lors de la conférence de presse de la BCE du 6 mars. Une relance du marché des asset backed securities (ABS) pourrait aider à renforcer le flux de crédit vers les petites et moyennes entreprises. L'activité de crédit pourrait également être relancée par un Funding for Lending Scheme inspiré du modèle anglais. Finalement, la BCE pourrait décider d'entamer un programme d'achats obligataires à grande échelle (Quantitative Easing ou QE). Ce type d'intervention, déjà déployé aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, serait probablement le moyen le plus direct pour s'attaquer au ralentissement de l'inflation.

 

 

Article achevé de rédiger le 14 mars 2014 par Yves Nosbusch, Chief Economist de la banque  

Publié dans le Luxemburger Wort le 14 mars 2014 

 

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