Yves Nosbusch

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Un pas important de la Banque centrale européenne

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Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a frappé fort : en plus d'une baisse de ses principaux taux directeurs, son président a annoncé un programme novateur de refinancement à long terme qui cible plus directement l'économie réelle ainsi qu'une intensification des travaux préparatoires liés à des achats éventuels d'Asset Backed Securities (ABS) par la BCE. Quel est l'impact probable des nouvelles mesures annoncées le 5 juin et vont-elles suffire à rapprocher l'inflation en zone euro de l'objectif de 2% de la BCE ? 

 

BCEMécanisme de transmission grippé

Dans des circonstances normales, la banque centrale influence l'activité économique et l'inflation en ajustant les taux d'intérêt à court terme. En baissant ces taux, elle rend plus attractif l'investissement (puisque le coût de financement de nouveaux projets est réduit) et la consommation (puisque l'épargne est moins bien rémunérée). Ceci stimule la demande et, in fine, l'inflation. En zone euro, ce mécanisme habituel est grippé. En effet, les baisses de taux récentes de la BCE ont eu un impact plus limité que d'habitude. Ainsi le volume de prêts aux particuliers augmente à peine alors que le volume total des prêts accordés aux entreprises continue à chuter en dépit de taux à court terme qui sont proches de zéro. 

 

Pour stimuler le crédit et la demande intérieure, la BCE vient d'introduire un paquet de mesures. En plus d'une baisse additionnelle du taux auquel les banques peuvent se refinancer auprès de la banque centrale, taux qui passe de 0,25% à 0,15%, le Conseil des gouverneurs a décidé pour la première fois de passer le taux sur la facilité de dépôt en territoire négatif, à -0,1%. En clair, ceci signifie que les banques doivent désormais payer pour déposer leurs liquidités auprès de la BCE. L'idée est d'inciter les banques à utiliser une plus grande partie de leurs dépôts pour accorder des prêts aux particuliers et aux entreprises. L'effet pourrait toutefois se voir limité par le fait que l'utilisation de la facilité de dépôt a déjà fortement diminué depuis que son taux est passé à zéro en 2012.

 

Une deuxième mesure novatrice annoncée par la BCE consiste en une nouvelle forme d'opérations de refinancement à long terme. Contrairement aux opérations précédentes, les conditions d'obtention de ces fonds pour les banques de la zone euro seront désormais directement liées au montant total de prêts que les banques accordent à l'économie réelle. Les prêts immobiliers aux particuliers ne seront pas inclus dans cette mesure qui devrait donc en premier lieu soutenir les entreprises. La BCE estime le montant potentiel du programme à 400 milliards d'euros. 


Mesures additionnelles

La BCE a également annoncé l'intensification des travaux de préparation en vue d'achats éventuels d'Asset Backed Securities (ABS) par la banque centrale. Une relance du marché des ABS pourrait en effet contribuer à augmenter l'offre de crédit dans la zone euro. La transformation d'une partie plus importante des prêts bancaires en ABS permettrait de faire participer un éventail plus large d'investisseurs au financement de l'économie réelle. Il reste des obstacles pratiques, notamment au niveau du traitement réglementaire des ABS, qui compliquent une mise en œuvre à court terme. 

 

Plus globalement, le défi primaire pour la BCE reste le niveau d'inflation trop faible en zone euro. Le ralentissement de l'inflation observé depuis 2012 provient de trois sources principales. D'abord, les surcapacités restent importantes en zone euro et ceci malgré un début de reprise encourageant. La stimulation du crédit par les nouvelles mesures annoncées par la BCE devrait contribuer à résorber ces surcapacités dans le temps. Un deuxième facteur important est la baisse des prix pétroliers depuis 2012, évolution sur laquelle la banque centrale n'a guère d'influence. Le troisième facteur est l'appréciation de l'euro : entre l'annonce à l'été 2012 par son président que la BCE allait faire « whatever it takes » pour sauvegarder l'euro et le pic atteint au début du mois de mai, l'euro s'est apprécié de l'ordre de 10% contre un panier des principales autres devises. La BCE est, d'une certaine façon, la victime de son propre succès : en rétablissant la confiance dans la zone euro, elle a contribué au retour des investisseurs et au renchérissement de l'euro.

 

Le prochain grand pas pour la BCE serait un programme d'achats obligataires à grande échelle (Quantitative Easing). Ce type d'intervention a pour objectif de réduire les taux d'intérêt et les primes de risque à long terme et, de façon indirecte, de déprécier le taux de change. De telles mesures pourraient se concrétiser dès la rentrée. La réduction des taux d'intérêt à long terme, particulièrement à la périphérie, ainsi que l'affaiblissement récent de l'euro suggèrent en tout cas que les marchés commencent à y croire. 
 

 

Article achevé de rédiger le 5 juin 2014 par Yves Nosbusch, Chief Economist de la banque

Publié dans le Luxemburger Wort le 6 juin 2014 

 

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