Yves Nosbusch

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Printemps espagnol dotted

Depuis l'année dernière, l'Espagne se porte mieux. La croissance espagnole pourrait en effet atteindre un taux de 3% dès cette année, après 1,4% en 2014. Surtout, il y a des signes clairs d'une amélioration sur le marché de l'emploi. Par ailleurs, les conditions de financement des entreprises se sont nettement améliorées et le secteur des exportations espagnol est bien placé pour profiter de l'affaiblissement de l'euro.

 

 

Réformes du marché du travail

L'Espagne est l'un des pays les plus touchés par la crise. Frappé de plein fouet par l'effondrement de son marché immobilier, le pays a connu une hausse dramatique du chômage depuis 2007. Le taux de chômage est passé de 8% en 2007 à un niveau proche de 27% en 2013. Le phénomène est particulièrement prononcé parmi les jeunes de 20-24 ans pour lesquels le taux de chômage a dépassé les 53% en 2013. Face à cette situation dramatique, l'Espagne a su réagir. En 2012, le pays a mis en œuvre des réformes importantes du marché du travail. Ces réformes visaient à introduire plus de flexibilité salariale et à rendre moins onéreuses les procédures d'embauche et de licenciement. En outre, des changements introduits plus récemment facilitent l'utilisation de contrats à temps partiel.

 

 

Depuis la mise en œuvre de ces réformes, les entreprises embauchent nettement plus, même s'il s'agit souvent de contrats à temps partiel ou à durée déterminée. Récemment, l'emploi a enregistré des taux de croissance proches de 2,5% (Graphique 1) et le chômage a commencé à baisser graduellement. Avec le retour de la croissance de l'emploi, la consommation privée a également redémarré. Les dépenses de consommation des ménages ont ainsi progressé de 2,4% en 2014. Les derniers indicateurs de confiance montrent également un retour de confiance très net auprès des consommateurs.

 

 

Croissance de l'emploi et de la consommation

Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas

 

 

Les conditions de financement des entreprises

Les entreprises évoluent également dans un environnement nettement plus favorable qu'il y a un an encore. D'une part, sous l'effet des apports de liquidités considérables de la Banque centrale européenne, les conditions de financement se sont sensiblement améliorées, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME). Ainsi les taux moyens pour de nouveaux prêts portant sur des montants inférieurs à un million d'euros (avec des échéances allant de 1 à 5 ans) sont tombés à des niveaux proches de 3,5%. En 2012, ils atteignaient encore un niveau de plus de 6,5% (Graphique 2). Contrairement à la situation en Italie, les taux espagnols se rapprochent de plus en plus de ceux dont peuvent bénéficier les PME en France et en Allemagne.

 

Taux: nouveaux prêts aux entreprises non financières

Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas 

 

 

Affaiblissement de l'euro et des prix du pétrole

Par ailleurs, de nombreuses entreprises espagnoles vont pouvoir profiter de l'affaiblissement considérable de l'euro. Le secteur exportateur représente en effet plus de 30% du PIB espagnol, ce qui situe le pays au-dessus de la moyenne européenne. Les exportations en dehors de la zone euro représentent de l'ordre de 50% des exportations totales. Les exportations espagnoles ont déjà progressé de 4,2% en 2014. Par ailleurs, l'Espagne devrait profiter tout particulièrement de la baisse du prix du pétrole du fait que sa dépendance énergétique est au-dessus de la moyenne de la zone euro.
 

 

Il est cependant encore trop tôt pour crier victoire. Il faut d'abord mettre en perspective le rebond récent. Le fait que, en dépit de six trimestres consécutifs de croissance économique, le taux de chômage s'établit toujours à 23,7% (48,9% pour les jeunes de 20-24 ans) témoigne de l'importance de la crise que le pays vient de traverser. Le maintien d'un rythme de croissance soutenu à plus long terme nécessitera des investissements importants, notamment en matière d'éducation et de formation. Pour la tranche d'âge 20-24 par exemple, la proportion de la population ayant achevé le deuxième cycle des études secondaires n'atteignait que 64% en 2013 (contre 79% dans la zone euro).
 

 

En termes réels, le PIB reste de l'ordre de 6% en-dessous du pic d'avant crise. Même si les conditions de vie s'améliorent graduellement, elles restent difficiles pour une bonne partie de la population. Cela a sans doute contribué à la montée en puissance de forces politiques protestataires. La reprise reste fragile et tout regain d'incertitude pourrait la remettre en cause. Dans ce contexte, il s'agira notamment de surveiller de près l'issue des élections générales qui se tiendront vraisemblablement vers la fin de l'année 2015.

 

 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

 

Publié dans le Luxemburger Wort le 9 avril 2015.