Yves Nosbusch

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Taux de change et parité des pouvoirs d'achat dted

 

 

Les ajustements des taux de change peuvent être violents - la dépréciation rapide de l'euro par rapport aux principales devises mondiales depuis le début de l'été l'a encore une fois illustré. Ces mouvements de devises à court et moyen terme sont souvent déterminés par des facteurs techniques, notamment le positionnement de certains acteurs du marché, plus que par les fondamentaux macroéconomiques. Mais à plus long terme, que peuvent révéler des relations fondamentales comme la parité des pouvoirs d'achat (PPA)?

 

La notion de parité des pouvoirs d'achat (PPA)
L'origine de la notion de PPA a été attribuée à l'École de Salamanque au XVIe siècle. Elle repose sur l'hypothèse que les taux de change entre les devises s'ajusteraient de telle manière que le pouvoir d'achat des consommateurs dans différents pays s'égaliserait. En d'autres termes, un consommateur n'aurait pas d'avantage à faire ses achats dans un pays plutôt qu'un autre : après prise en compte du taux de change, le coût serait le même partout. Si ce n'était pas le cas, la logique de la PPA voudrait que les habitants d'un pays où les biens de consommation sont plus chers échangent leur devise pour acheter les biens dans les pays où ils sont moins chers et les importent chez eux. Ce faisant, ils feraient déprécier leur devise (puisqu'ils la vendent pour acheter des devises étrangères) jusqu'au point où l'opération ne serait plus rentable. La dépréciation conduit en effet, de façon mécanique, à un renchérissement des biens étrangers par rapport aux biens nationaux. Dans sa version la plus simple, cette logique s'applique à des biens et services échangeables et fait abstraction de frais de transport et autres frictions. En pratique, le calcul des PPA s'avère beaucoup plus compliqué. La série de PPA reprise dans le graphique ci-dessous repose sur les chiffres publiés par l'OCDE pour la PPA de l'euro par rapport au dollar américain (mesurée en dollars par euro).


 

La notion de parité des pouvoirs d'achat

Sources : OCDE, Macrobond, BGL BNP Paribas

 

 

L'évolution de la PPA au cours du temps
Parmi les déterminants de l'évolution de la PPA au cours du temps, un facteur clé est la différence entre les taux d'inflation des pays. Si on prend l'exemple de la PPA de l'euro par rapport au dollar, on observe une tendance de hausse graduelle de la PPA depuis l'introduction de l'euro le 1er janvier 1999 (cf. graphique). Cette tendance est due au fait que l'inflation aux États-Unis était plus élevée qu'en zone euro. Cela signifie qu'au fil du temps, le coût de la consommation aux États-Unis (exprimé en dollars) augmentait plus rapidement que celui en zone euro (exprimé en euros). En d'autres termes, le taux de change théorique qui égalise le pouvoir d'achat des consommateurs aux États-Unis et en zone euro augmentait.

 

Volatilité des taux de change, évolution progressive de la PPA
D'un point de vue empirique, la PPA a du mal à décrire les mouvements des taux de change à court ou moyen terme. Le graphique illustre le fait que la PPA évolue de manière progressive dans le temps tandis que les taux de change observés sur les marchés sont beaucoup plus volatils. Les taux de change peuvent en effet s'éloigner de façon très substantielle de la PPA, comme le montre l'exemple du taux de change de l'euro par rapport au dollar américain (rapporté en dollars par euro) depuis l'introduction de l'euro le 1er janvier 1999. Ainsi, au cours des années qui ont suivi l'introduction de la monnaie unique, l'euro traitait d'abord largement en-dessous de la valeur suggérée par la PPA. La situation s'est inversée au cours de l'année 2003 et depuis lors, l'euro a le plus souvent traité au-dessus de la valeur que laisserait supposer la PPA, avec des écarts avoisinant les 30% pendant l'année 2008.

 

L'évolution récente de l'euro
La PPA permet également de mettre en perspective l'évolution récente du cours de l'euro qui s'est sensiblement déprécié par rapport aux principales devises au cours des derniers mois, notamment face au dollar américain, passant d'un pic autour de 1,39 au mois de mai à un niveau en-dessous de 1,29 en septembre. Même si ce mouvement était déclenché par d'autres facteurs, notamment la divergence de plus en plus apparente des politiques monétaires poursuivies par la Réserve fédérale aux États-Unis et la Banque centrale européenne, il a eu comme effet de rapprocher le taux de change de la PPA que l'OCDE estimait autour de 1,29 pour l'année 2013.

 

La PPA peut s'interpréter comme une force de rappel à long terme, même si elle n'est clairement pas un bon indicateur des mouvements des devises à court ou moyen terme - en particulier elle ne permet pas de prédire si les forces à l'œuvre dans la dépréciation récente de l'euro vont continuer à s'exercer au cours des mois à venir.

 

 

Yves Nosbusch
Chief Economist
BGL BNP Paribas

 

Publié dans le Luxemburger Wort le 25 septembre 2014

 
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