Yves Nosbusch

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Risques émergents dotted

L'économie mondiale est confrontée depuis quelques mois à plusieurs chocs fondamentaux. Sur des marchés clés, les cours ont connu des mouvements d'une grande ampleur. C'est vrai pour le prix du pétrole et celui d'autres matières premières. On a également assisté à un réajustement important de la valeur des principales devises et notamment un renforcement prononcé du dollar américain. À ceci se sont rajoutés les effets de l'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne qui a poussé les taux européens à des niveaux historiquement bas. Des changements aussi fondamentaux ont des effets profonds sur les perspectives de croissance pour de nombreux pays. S'ils sont un facteur de soutien important pour de nombreux pays avancés, notamment en zone euro, ils posent un défi considérable pour un certain nombre de pays émergents.

 

Un endettement substantiel en devises étrangères peut constituer une source de vulnérabilité pour un État ou une entreprise puisqu'un tel endettement expose l'entité en question aux fluctuations du marché des devises si une bonne partie de ses recettes est libellée en devise locale. En particulier la forte hausse du dollar américain par rapport à la plupart des devises mondiales depuis un an constitue un défi à court terme pour un certain nombre d'États et d'entreprises dans les pays émergents. En principe il y a des moyens de couvrir cette exposition, par exemple en utilisant des produits dérivés, mais souvent ces couvertures ne sont pas mises en place à cause des coûts associés. Dans certains cas, un État ou une entreprise peut également avoir une couverture naturelle dans la mesure où une bonne partie de ses recettes provient des marchés mondiaux et est libellée en devises étrangères. Ainsi les recettes des exportateurs de matières premières sont typiquement libellées en devises étrangères. Particulièrement en Amérique latine et en Afrique, de nombreux pays dérivent une partie importante de leurs recettes de ces exportations de matières premières : pétrole, cuivre et autres métaux, café, cacao etc. 

 

Cours des matières premières

Cependant ces exportateurs de matières premières font aujourd'hui face à un deuxième défi considérable : l'effondrement du cours de bon nombre de ces matières premières sur les marchés mondiaux. Le ralentissement de la demande en Chine est sans doute un facteur clé dans cette chute observée depuis plusieurs mois. La baisse des cours ne se limite en effet pas au pétrole, comme l'indique la forte régression d'indices globaux de l'évolution du cours des matières premières tel que l'indice CRB (Commodity Research Bureau) sur le graphique suivant. La croissance en a déjà pâti dans un certain nombre de pays, comme le Brésil par exemple. De façon plus générale, l'exemple du Brésil sur le graphique illustre le lien fort entre la croissance économique du pays et l'évolution globale du cours des matières premières.

 

 

 

Le cas du Brésil

Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas

 

 

 

 

De nombreuses études ont montré que les cours des matières premières et de façon plus générale les termes de l'échange, c'est-à-dire le prix relatif des exportations d'un pays par rapport à ses importations, sont des facteurs de risque clés pour les pays émergents. L'état des finances publiques de ces pays et le risque de défaut de paiement par les États en particulier sont fortement liés à l'évolution et à la variabilité du prix des matières premières sur les marchés mondiaux.

 

Dans son dernier rapport sur la stabilité financière dans le monde le FMI évoque une rotation des risques. D'après l'analyse du FMI, cette rotation ne se limite pas à un déplacement de risques des pays avancés vers les pays émergents, mais concerne également des déplacements de risques du secteur bancaire vers d'autres parties du secteur financier et des risques de solvabilité vers des risques de liquidité. Il s'agira de surveiller de près ces nouveaux risques au cours des mois et des années à venir.

 

 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

 

Publié dans le Luxemburger Wort le 8 mai 2015..