Yves Nosbusch

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Quels changements dans la politique économique américaine ?
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Sur le plan économique, les priorités du nouveau président américain semblent se situer dans deux domaines principaux : la politique budgétaire et le commerce international. Sur le plan budgétaire, il est question d'une relance d'envergure avec des réductions d'impôts aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers ainsi que d'un plan d'investissement important dans les infrastructures. Sur le plan du commerce international, l'intention générale semble être de soutenir davantage la production aux États-Unis, même s'il reste beaucoup d'incertitude sur la forme précise des mesures qui seront adoptées.

 

 

Une mesure potentielle qui chevauche ces deux domaines est celle d'une taxe d'ajustement aux frontières (« border adjustment tax »). Elle fait partie de la proposition de réforme fiscale « Ryan-Brady » mise en avant par les membres républicains de la Chambre des Représentants. Il faut dire qu'à ce stade il est difficile d'évaluer la probabilité d'adoption d'une telle mesure puisque la position du président américain sur la question n'est pas claire.

 

 

En bref, il s'agirait d'une part d'imposer une taxe globale sur les importations, y compris les importations de produits intermédiaires utilisés dans la production aux États-Unis. D'autre part, les revenus générés par les exportations américaines ne seraient plus imposés. Concrètement, cela voudrait dire par exemple que lorsqu'un acteur de la grande distribution importe un produit pour le revendre sur le marché américain, il ne pourrait plus déduire le coût du produit importé de son revenu imposable. Pour maintenir sa marge, le distributeur serait donc a priori forcé d'augmenter le prix du produit importé. Il n'est pas étonnant que le secteur de la grande distribution ne soit pas enchanté par une telle mesure. En revanche, un producteur américain qui exporte vers le reste du monde ne serait plus imposé sur les revenus de ces exportations. A priori cela devrait lui permettre de réduire ses prix à l'exportation sans pour autant diminuer sa marge, ce qui le rendrait plus compétitif sur les marchés mondiaux. Il n'est pas surprenant que de nombreux exportateurs américains voient d'un bon œil une telle mesure.

 

 

Dans ce contexte, plusieurs questions se posent. Est-ce qu'une taxe d'ajustement aux frontières doit être considérée comme une politique protectionniste ? Quelle serait la position de l'Organisation Mondiale du Commerce sur ce point ? Quelle serait la réaction des partenaires commerciaux des États-Unis ? Les défenseurs de la mesure avancent parfois l'argument qu'en réalité, une taxe aux frontières ressemblerait à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA), telle qu'appliquée dans de nombreux pays, notamment en Europe. Néanmoins une différence avec une taxe sur la valeur ajoutée traditionnelle est qu'une taxe d'ajustement aux frontières ne s'appliquerait pas aux revenus provenant de ventes de produits nationaux.

 

 

Comme l'a souligné récemment Martin Feldstein, professeur d'économie à Harvard et l'un des défenseurs d'une taxe d'ajustement aux frontières, les effets sur les exportations et les importations seraient par ailleurs mitigés, voire éliminés complètement, par un ajustement probable du taux de change américain dans ce scénario. Une taxe d'ajustement aux frontières rendrait en effet les exportations américaines vers le reste du monde plus compétitives (moins chères) tout en réduisant l'attrait des importations du reste du monde (plus chères) pour les consommateurs américains. Elle augmenterait donc la demande globale pour le dollar américain et diminuerait, toutes choses égales par ailleurs, la demande globale pour les autres devises. Ceci devrait entraîner un renchérissement du dollar ce qui éliminerait, du moins en partie, le gain de compétitivité obtenu par la taxe d'ajustement aux frontières.

 

 

Néanmoins, même dans le cas extrême où une taxe d'ajustement aux frontières n'aurait pas d'effet sur les exportations ou les importations à cause de l'ajustement du taux de change, elle ne serait pas neutre d'un point de vue budgétaire. Aux États-Unis les montants importés sont actuellement plus importants que les montants exportés, ce qui laisse présupposer que, dans un scénario d'introduction de taxe d'ajustement aux frontières, les recettes fiscales générées au niveau des importations devraient dépasser les pertes de recettes fiscales au niveau des exportations. Le « Tax Policy Center » estime ainsi que les recettes fiscales additionnelles pourraient être proches de mille milliards de dollars sur une période de dix ans.

 

Une autre mesure qui pourrait générer des recettes fiscales importantes à court terme consiste à donner une incitation aux entreprises américaines de rapatrier les liquidités qu'elles gardent actuellement dans d'autres juridictions pour des raisons fiscales (estimées à 2.500 milliards de dollars). Ceci pourrait se faire par exemple en assujettissant les montants rapatriés à un taux d'imposition réduit de l'ordre de 10%.

 

 

L'attrait de mesures susceptibles d'augmenter les recettes fiscales est clair puisque la relance importante envisagée par le président devrait fortement creuser le déficit budgétaire. Au niveau de l'imposition des entreprises, le taux affiché américain de 35% est parmi les plus élevés en comparaison internationale. Il est proposé de réduire ce taux à 20%, voire même à 15%, ce qui ferait du taux affiché américain l'un des moins élevés au niveau mondial. Du côté des particuliers, des baisses d'impôts ainsi qu'une réduction du nombre des tranches d'imposition sont évoquées. De plus, le président semble avoir l'intention d'augmenter les dépenses militaires de façon significative et de procéder à des investissements importants dans les infrastructures. Les investissements dans les infrastructures sont d'ailleurs prônés depuis des années par des économistes de tous bords. En l'absence de nouvelles recettes fiscales importantes, la dette publique américaine, déjà supérieure à 100% du PIB, devrait augmenter de façon significative au cours des années à venir. C'était déjà le cas suite aux baisses d'impôts importantes mises en œuvre par le Président Reagan en 1986.

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Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

Publié dans le Letzebuerger Land le 17 mars 2017