Yves Nosbusch

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Pourquoi l'euro s'est-il finalement déprécié ?

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Suivant une longue période d'appréciation par rapport aux principales devises mondiales, l'euro s'est finalement déprécié, de plus de 5% face au dollar américain par rapport au pic atteint au mois de mai. En fait, l'euro semblait surévalué depuis des mois au vu des fondamentaux macroéconomiques. La forte appréciation depuis l'automne 2012 s'expliquait en grande partie par un regain de confiance et le retour des investisseurs internationaux vers la zone euro suivant l'annonce à l'été 2012 par le président de la Banque centrale européenne (BCE) que l'institution de Francfort allait faire « whatever it takes » pour sauvegarder l'euro.


Taux de change

Source : Macrobond

 

Depuis quelques mois, cette dynamique semble s'être inversée. Mais pourquoi ce revirement est-il survenu à ce moment? Il semble y avoir trois raisons principales.

 

Taux d'intérêt à court terme
Il y a eu d'abord la décision historique par le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne de fixer ses taux directeurs aux niveaux les plus bas jamais atteints et en particulier de passer le taux sur la facilité de dépôt en négatif. Ceci a eu pour effet de baisser sensiblement les taux sur le marché interbancaire depuis le début de l'été : le principal taux interbancaire traite aujourd'hui à des niveaux proches de zéro. Ce mouvement a augmenté l'écart entre les taux américains et européens et a ainsi renforcé l'attractivité relative du dollar pour les investissements à court terme.

 

Perspectives de croissance et évolution de la politique monétaire

Ensuite, l'activité économique en zone euro s'est montrée plus atone que ce que l'on avait pu espérer il y a encore quelques mois. Le PIB pour le second trimestre ainsi que de nombreux indicateurs avancés ont déçu au cours des dernières semaines en zone euro. Un facteur additionnel est l'incertitude liée à l'évolution de la crise en Ukraine, à laquelle l'Europe est plus exposée que les États-Unis. Aux États-Unis au contraire, l'activité semble se redresser plus rapidement. On y observe notamment une nette amélioration des conditions sur le marché du travail. Par conséquent, les marchés anticipent une normalisation plus rapide de la politique monétaire, et en particulier des taux directeurs qui remonteraient plus tôt, aux États-Unis qu'en zone euro. Les discours de Mario Draghi et Janet Yellen lors de la conférence des banquiers centraux à Jackson Hole n'ont fait que renforcer ces attentes.

 

Positionnement
Ces considérations semblent avoir contribué à un changement de sentiment sur le marché. Ainsi l'indicateur « Positioning Analysis » de BNP Paribas laisse supposer que les principaux acteurs du marché ont, en moyenne, vendu l'euro contre le dollar au cours des dernières semaines.

 

D'un point de vue macroéconomique, cette dépréciation de l'euro est la bienvenue. Elle devrait relancer les exportations des produits européens à un moment où la demande intérieure reste trop faible. En augmentant les prix des importations, elle devrait également modérer, de façon mécanique, la chute graduelle de l'inflation observée depuis 2012. Ce phénomène de désinflation inquiétant continue en effet à donner du fil à retordre à la BCE.

 

 

Achevé de rédiger le 2 septembre 2014.

 

Yves Nosbusch
Chief Economist
BGL BNP Paribas

 
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