Yves Nosbusch

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Lors de sa réunion du 4 décembre, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a reporté jusqu'à 2015 une décision éventuelle sur des achats obligataires à grande échelle. Le phénomène de désinflation donne de plus en plus de fil à retordre à la BCE, qui vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance et d'inflation. Elle table désormais sur une inflation de 0,7% pour l'année prochaine, ce qui correspond à une baisse de 0,4% par rapport à ses prévisions de septembre. Ces estimations ne prennent d'ailleurs pas encore en compte la chute récente du prix du pétrole suite à la décision inattendue des pays-membres de l'OPEP, le 27 novembre dernier,de ne pas réduire leur production de pétrole.

 

Dès lors, la question de l'opportunité d'un assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) à grande échelle se pose clairement. Concrètement, la BCE pourrait décider de commencer à acheter des obligations souveraines. Elle pourrait également étendre l'éventail de titres du secteur privé qu'elle achète (limité pour le moment aux asset backed securities et covered bonds). Ceci lui permettrait de réaliser plus rapidement son intention annoncée d'augmenter la taille de son bilan pour retourner aux niveaux atteints en 2012.

 

Dans quelle mesure de tels achats obligataires pourraient-ils aider la BCE à atteindre son objectif d'un taux d'inflation proche de 2% à moyen terme ? Il y a plusieurs canaux potentiels. D'abord, de nombreuses études suggèrent que les programmes d'assouplissement quantitatif aux États-Unis y ont réduit les taux longs de façon significative. Une baisse des taux longs devrait encourager le crédit et rendre l'investissement à long terme plus attractif.

 

Par ailleurs, une baisse des taux longs dans une catégorie d'obligations (p.ex. les obligations d'État) peut réduire les taux pour de nombreuses autres classes d'actifs (p.ex. les obligations d'entreprises) - y compris des catégories où la banque centrale n'interviendrait pas - par un effet de substitution de la part des investisseurs.

 

Un assouplissement quantitatif peut aussi augmenter la valorisation d'autres classes d'actifs (p.ex. les actions ou l'immobilier), créant un effet de richesse qui peut donner un coup de pouce à la consommation et à l'investissement. Par ailleurs l'expérience d'autres pays a montré que ces programmes s'accompagnent souvent de dépréciations de la devise, ce qui bénéficierait aux industries exportatrices.

 

Plus généralement, un assouplissement quantitatif peut servir à signaler au marché la détermination de la banque centrale d'atteindre son objectif d'inflation à moyen terme dans un contexte où elle n'a plus de marge de manœuvre sur les taux directeurs. Il est difficile de chiffrer l'impact probable de ces différents canaux de transmission pour la zone euro. En particulier l'expérience d'autres pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni n'est pas directement transposable à l'économie européenne puisque cette dernière dépend beaucoup plus du financement bancaire et moins des marchés de capitaux.


 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

 

Publié dans paperjam.lu le 18 décembre 2014