Yves Nosbusch

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Les ABS font-ils partie du problème ou de la solution ?

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Suite aux récentes déclarations du Président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, lors du Forum économique mondial de Davos, les titres adossés à des actifs (asset backed securities, ou ABS) sont de nouveau à l'ordre du jour. L'idée selon laquelle la relance du marché des ABS pourrait permettre de débloquer les flux de crédit vers les petites et moyennes entreprises (PME) a suscité des réactions mitigées dans la mesure où ces titres sont généralement considérés comme le déclencheur de la récente crise financière. En quoi les ABS pourraient-ils être utiles ?
 

absCommençons par rappeler quelques points généraux. Les ABS sont le produit d'un processus appelé titrisation. L'idée de base est simple, mais puissante : en regroupant un grand nombre de prêts immobiliers (ou d'autres actifs) et en les divisant en tranches selon leur rang de priorité, il est possible de créer des titres négociables assortis d'un risque de crédit différent de celui des prêts immobiliers sous-jacents. En particulier, la probabilité de défaut de la tranche senior est moins élevée, tandis que celle de la tranche junior est plus élevée que celle du panier sous-jacent. Les ABS simples de « première génération » et notamment les titres adossés à des créances hypothécaires (mortgage backed securities, ou MBS), sont en fait utilisés de manière intensive depuis les années 80, en particulier aux États-Unis. Les problèmes survenus en 2007-2008 étaient concentrés sur les MBS basés sur des prêts immobiliers à haut risque (subprime), ainsi que sur des titres plus ésotériques de « deuxième génération » comme les collateralized debt obligations(CDO) où on a réappliqué le processus de la titrisation une deuxième (voire une troisième) fois à des tranches issues d'une première titrisation.
 

Les ABS sont susceptibles de présenter une solution au ralentissement du crédit aux PME dans la zone euro. Des pays comme l'Italie, l'Espagne ou le Portugal ont effectivement enregistré un resserrement important du crédit, caractérisé par une baisse du volume de prêts et par des taux d'intérêt relativement élevés sur les prêts octroyés. Si ce phénomène est dû en partie au recul de la demande, il résulte également de la baisse de l'offre des banques. Ce n'est pas surprenant dans la mesure où de nombreuses banques ont réduit la taille de leurs bilans et consolidé leurs ratios de fonds propres et de liquidité en préparation de la prochaine analyse de qualité des actifs (Asset Quality Review, ou AQR) et, plus généralement, des exigences réglementaires à venir dans le cadre de Bâle III.
 

Relancer le marché des ABS permettrait de transformer des prêts aux PME non négociables et souvent risqués en titres négociables, dont certains pourraient être rendus plus sûrs que les prêts sous-jacents. Cela pourrait permettre aux investisseurs institutionnels contraints de ne détenir que des titres de premier ordre d'investir et de partager une partie du risque de crédit à un niveau leur convenant. Cela aurait pour effet de réduire les bilans des banques, de libérer du capital et d'accroître l'offre de crédit. Les banques pourraient témoigner de leur engagement dans la sélection et la surveillance des prêts en conservant une partie des tranches assorties du risque de crédit le plus élevé.
 

Lorsqu'ils sont simples et transparents, les ABS sont un outil puissant pour améliorer l'allocation du risque crédit dans une économie. À ce titre, ils offrent la possibilité de renforcer les flux de crédit vers les PME au sein de la zone euro.


Publié sur Paperjam.lu (en version anglaise) le 20 février 2014 
 

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Article achevé de rédiger le 20 février 2014 par Yves Nosbusch, Chief Economist de la banque