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La hausse des taux américains approche dotted

Pour la première fois en six ans la Réserve fédérale aux États-Unis pourrait être amenée à relever ses taux directeurs en 2015. À l'occasion de sa comparution devant le Congrès américain les 24 et 25 février, Madame Yellen a précisé les conditions nécessaires à une augmentation des taux d'intérêt par la banque centrale américaine. Quels sont les facteurs principaux qui justifient d'envisager une telle hausse ? Quelles en seraient les conséquences pour l'économie américaine et celle du reste du monde après une très longue période de taux historiquement bas ?

 

Taux d'intérêt.

 

Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas

 

 

Le marché de l'emploi

L'argument principal pour une hausse de taux est le fait que l'économie américaine se porte de mieux en mieux. Cette amélioration est visible notamment sur le marché de l'emploi. La création d'emplois est soutenue depuis deux ans et elle a récemment dépassé les 2% par an. Sur l'ensemble de l'année 2014, l'économie américaine a créé de l'ordre de 2,5 millions de nouveaux emplois. Le taux de chômage est tombé à 5,5% en février 2015 et il s'approche du niveau où l'on estime que les pressions salariales devraient s'accentuer et l'inflation devrait commencer à remonter. En effet la Réserve fédérale a estimé que ce seuil critique se situerait entre 5,2% et 5,5%. C'est ce que les économistes appellent le NAIRU (non-accelerating inflation rate of unemployment).

 

Marché de l'emploi

Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas 

 

 

Pouvoir d'achat et inflation

Cette amélioration du marché de l'emploi, tout comme la baisse des prix du pétrole, a contribué à une progression significative du pouvoir d'achat des ménages américains. Les salaires progressent à un rythme annuel de l'ordre de 2%. L'investissement des entreprises continue également à afficher une croissance robuste. Pour autant, l'inflation affichée n'a pas encore commencé à remonter. Au contraire, elle a continué à chuter. Ceci est dû principalement à la baisse des prix pétroliers. Les prix pétroliers n'expliquent pourtant pas toute la chute puisque l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l'alimentaire et de l'énergie, a également atteint de nouveaux points bas. L'indicateur d'inflation sous-jacente le plus suivi par la Réserve fédérale s'est ainsi établi à un taux de 1,3% par an en janvier. Cette baisse de l'inflation sous-jacente s'explique en partie par le renchérissement du dollar qui a pour effet de diminuer le coût des importations.


 

Réaction de la politique monétaire 

Au-delà de ces effets à court terme, la reprise du marché de l'emploi laisse supposer que des pressions haussières sur l'inflation devraient se faire sentir à moyen terme. Dans ces circonstances, le choix du moment de la première hausse de taux d'intérêt est une décision importante pour la Réserve fédérale. Si elle agit trop tôt, elle court le risque d'étouffer la reprise et de prolonger une tendance désinflationniste potentiellement très néfaste. Si elle agit trop tard, elle risque de mal contrôler la hausse de l'inflation quand elle va se matérialiser et de contribuer à des bulles potentielles dans d'autres catégories d'investissement. Dans ce contexte, Madame Yellen a précisé que la Réserve fédérale attendra des signes plus clairs d'un retour de l'inflation vers des niveaux proches de 2% avant de commencer à relever ses taux. Ceci laisse supposer que le moment le plus probable pour une première hausse de taux se situe au mois de septembre 2015. Des évolutions au niveau macroéconomique pourraient cependant avancer ou retarder cette échéance.


Effets sur le reste du monde

Une fois le cycle de hausse des taux d'intérêt américains entamé, les effets se feront ressentir à travers le monde. Aux États-Unis d'abord où les hausses de taux devraient, toutes choses égales par ailleurs, contribuer à un ralentissement de la croissance en 2016 par rapport à l'année 2015 qui s'annonce très bonne. Dans les pays émergents ensuite, où de nombreux États et entreprises sont endettées en dollars. Parmi ces pays, les défis seront d'autant plus importants pour ceux qui sont des exportateurs importants de matières premières et qui font face à une baisse importante des prix de ces matières premières depuis plusieurs mois. En Europe finalement où des taux longs américains à la hausse devraient entraîner, du moins en partie, dans leur sillage les taux longs européens. Les taux longs européens pourraient donc également commencer à remonter, mais vraisemblablement de façon plus graduelle.

 

 

 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

6 mars 2015 (publié dans le Luxemburger Wort)