Yves Nosbusch

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Japon : l'heure de vérité approche

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Au Japon, le taux de TVA est passé de 5% à 8% au premier avril. Ce changement devrait avoir deux effets immédiats : une hausse mécanique de l'inflation et un ralentissement significatif de la croissance. Ce sera une étape importante pour l'Abenomics, le programme économique de grande envergure lancé il y a un peu plus d'un an par le premier ministre japonais Shinzo Abe. Après une longue période de déflation et une croissance atone depuis le début des années 1990, le gouvernement issu des élections législatives de décembre 2012 avait en effet annoncé un programme novateur reposant sur trois axes stratégiques.

 

Abenomics : un bilan intermédiaire

 

Le premier axe se caractérise par une politique monétaire expansionniste : la Banque du Japon a ainsi procédé à des achats obligataires à grande échelle avec l'objectif d'augmenter la masse monétaire et de retrouver une inflation modérée. En 2013, le montant total de ces achats s'est situé autour de 13% du PIB. Cette politique monétaire s'est accompagnée d'une très forte dépréciation du yen - de plus de 20% contre le dollar américain en 2013.

 

Une première conséquence de cette dépréciation de la devise japonaise a été d'augmenter le prix des importations ce qui a contribué de façon mécanique à une reprise de l'inflation. Le Japon semble être sorti de sa spirale déflationniste avec un taux d'inflation qui s'est établi à 0,3% pour l'année 2013. L'inflation devrait même se situer à un niveau proche de 3% en 2014 suite à la hausse de la TVA au mois d'avril. Les augmentations salariales restent cependant très limitées pour le moment.

 

Une deuxième conséquence de la dépréciation du yen a été d'augmenter les marges bénéficiaires des exportateurs. Contrairement aux attentes, la quantité totale des exportations n'a, quant à elle, pas augmenté. Cela s'explique en partie par le fait que la consommation intérieure s'est accélérée, notamment en anticipation de la hausse de TVA au mois d'avril. Cette tendance devrait s'inverser avec l'entrée en vigueur du nouveau taux, et la consommation se montrera sans doute atone au cours des prochains mois. Une question importante sera alors de voir si les exportations vont prendre le relais de la consommation intérieure.

 

Le deuxième axe de l'Abenomics correspond à une politique de relance budgétaire traditionnelle : le gouvernement japonais a lancé de grands travaux pour la création et la rénovation des infrastructures, les dépenses publiques ayant augmenté de 3,8% en 2013. Pour contrebalancer les effets négatifs de la hausse de la TVA récente, le gouvernement a annoncé un programme de relance budgétaire additionnel pour 2014. Il se situera autour de 1% du PIB et sera encore une fois concentré dans le secteur de la construction. La croissance devrait néanmoins ralentir en 2014 et pourrait finir par s'établir en-dessous de 1% après avoir atteint un taux de 1,5% en 2013.

 

C'est sur le troisième axe, celui des réformes structurelles, que le gouvernement doit maintenant avancer rapidement s'il veut éviter une dissipation des effets positifs atteints sur la croissance et l'inflation. Les dossiers à traiter sont nombreux : restructuration du secteur agricole, modernisation du droit du travail, mesures visant à renforcer l'investissement des entreprises, etc.

 

Une question fondamentale se pose

 

A plus long terme, une question fondamentale se pose. Si l'Abenomics réussit à atteindre ses objectifs d'une relance de la croissance et d'une inflation modérée, le processus devrait conduire à une pression haussière sur les taux d'intérêt à long terme. Sans intervention de la Banque du Japon, les charges d'intérêt sur la dette publique risqueraient alors de s'envoler. Cette dette publique, qui se situe autour de 230% du PIB, est en effet très élevée en comparaison internationale. Dans un tel scénario, la Banque du Japon serait vraisemblablement amenée à prolonger ses achats obligataires à grande échelle afin de maintenir les taux longs bas.

 

Dans tous les cas, l'expérience économique du Japon devrait s'avérer très instructive pour le reste du monde. Christina Romer, professeur d'économie à l'Université de Berkeley aux États-Unis et une des expertes mondiales sur le rôle de la politique monétaire dans la dépression économique des années trente, l'a résumé ainsi en 2013 : “Rather than rehashing the old arguments about why they can't do anything about deflation and low growth, Japan is trying a grand experiment. I don't know if the Japanese experiment with monetary regime change will have the desired effects. But I am confident that we will learn a great deal because they had the nerve to try”*.

 

* Au lieu de répéter les vieux arguments selon lesquels ils ne peuvent rien changer à la déflation et à la faible croissance, le Japon est en train de tenter une grande expérience. Je ne sais pas si l'expérience japonaise avec un changement du régime monétaire aura les effets désirés. Mais je suis sûre que nous apprendrons beaucoup parce qu'ils ont eu le courage d'essayer.

 

 

 

Article achevé de rédiger le 11 avril 2014 par Yves Nosbusch, Chief Economist de la banque

Publié dans le Luxemburger Wort le 11 avril 2014

 

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