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Inflation salariale : une différence clé entre l'Europe et les États-Unis
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Entre économistes on commençait à penser que la fameuse courbe de Phillips avait disparu. Dans sa version la plus couramment utilisée aujourd'hui, elle décrit une relation négative entre le taux de chômage et la variation du taux d'inflation. En particulier, une chute du chômage en-dessous de son niveau structurel, c'est-à-dire le taux auquel l'inflation resterait stable (NAIRU : Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment), est supposée conduire à une accélération de l'inflation salariale. L'idée est simple : quand le nombre de candidats disponibles est faible par rapport aux postes à pourvoir, les employés peuvent négocier de meilleurs salaires.

 

Le taux de chômage structurel varie au cours du temps et selon les pays en fonction de nombreux facteurs, notamment la composition de la population et le système d'assurance-chômage. Pour les États-Unis, la Réserve fédérale estime qu'il se situe actuellement entre 5,0% et 5,2%. C'est dans ce contexte que le dernier rapport de l'emploi en date du 6 novembre est particulièrement encourageant. Il fait état de 271.000 créations de postes au mois d'octobre, dépassant largement les anticipations du marché. Le taux de chômage est tombé à 5,0% et il y a finalement des signes clairs d'une accélération de la croissance des salaires : ils ont progressé de 2,5% depuis octobre 2014. L'économie américaine pourrait dès lors renouer avec un taux d'inflation (basé sur les prix à la consommation) de 2% au second semestre 2016, les prix à la consommation réagissant traditionnellement avec un décalage. Les conditions pour la première hausse des taux directeurs depuis 2004 aux États-Unis semblent donc être réunies et le marché accorde désormais une probabilité nettement supérieure à 50% à une hausse au mois de décembre. Un report jusqu'en 2016 reste évidemment possible, notamment si les chiffres du mois de novembre ne confirmaient pas la surprise positive du mois d'octobre.

 

Au niveau de la zone euro au contraire, il y a peu de signes d'inflation salariale pour le moment. Le taux de chômage pour la zone dans son ensemble est tombé du pic de 12% atteint en 2013 à un niveau de 10,8% en septembre 2015. En tout état de cause, il reste bien au-dessus de son niveau structurel que l'OCDE estime autour de 9,5%. En d'autres termes, la zone euro n'a réussi à combler que la moitié de l'écart avec le taux de chômage structurel et l'écart de production reste important. Bien sûr ces chiffres agrégés masquent des différences importantes entre pays. Ainsi l'Allemagne est proche du plein emploi avec une inflation salariale qui atteignait 2,8% au deuxième trimestre. Par contre les capacités excédentaires restent importantes en France, en Italie et en Espagne. Même si l'Espagne a réduit son taux de chômage de cinq points de pourcentage, il reste à un niveau de 22%. Il est difficile d'entrevoir des progressions salariales substantielles dans ces pays à l'heure actuelle.

 

Ceci ne facilite pas la tâche de la Banque centrale européenne dont l'objectif est d'atteindre un taux d'inflation proche de 2% à moyen terme. Même si des effets de base, liés à l'évolution du prix du pétrole depuis un an, devraient faire remonter le taux d'inflation de manière mécanique vers la fin 2015 et le début de 2016, on restera vraisemblablement loin de l'objectif de 2% en 2016. Récemment les attentes d'inflation à moyen terme ont plutôt été orientées à la baisse. Une annonce d'actions supplémentaires par la BCE lors de sa réunion de décembre est dès lors probable.

 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas
Publié sur paperjam.lu 19 novembre 2015