Yves Nosbusch

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Excès de confiance

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L'excès de confiance semble faire partie des défauts ancrés dans la psychologie humaine. Phénomène fascinant autant par sa présence dans de nombreux contextes que par les répercussions qu'il est susceptible d'entraîner, il mérite notre attention aux moments où nous sommes confrontés à des décisions importantes. Une des études les plus citées dans le domaine interrogeait les gens sur leurs qualités de conducteur automobile. Plus de 90% des participants répondaient qu'ils se considéraient comme meilleurs conducteurs que la moyenne du groupe. Ceci est bien évidemment impossible par définition et la conclusion est claire : une grande partie des participants à cette étude surestimaient tout simplement leurs compétences.

 

Depuis la publication de cette étude, de nombreux autres exemples de ce type ont été documentés dans des domaines très variés. Par exemple, quand on demande à des étudiants au début de leurs études universitaires comment ils pensent se classer à la sortie, la grande majorité compte finir au-dessus de la moyenne du groupe. Les choses ne semblent d'ailleurs pas forcément s'arranger avec l'expérience. Ainsi, Ulrike Malmendier de l'Université de Berkeley et Geoffrey Tate de l'Université de Caroline du Nord ont introduit une manière particulièrement astucieuse (basée sur le non-exercice d'options détenues dans l'entreprise) d'identifier des excès de confiance parmi les patrons de grandes entreprises. Leur mesure d'excès de confiance est étroitement liée à de mauvaises performances lors de fusions-acquisitions, suggérant que les patrons qui sont trop confiants en l'avenir de leur propre entreprise paient souvent trop cher lors de ces opérations.

 

Une source d'erreurs liée est celle de surestimer la précision de l'information que l'on détient ou sa propre capacité d'interprétation de cette information. Une étude de Terrance Odean de l'Université de Berkeley a montré que les investisseurs particuliers d'un « discount broker » - un intermédiaire financier qui ne fournit pas de conseil en investissement - ont tendance à traiter trop souvent, c'est-à-dire que la performance de leur portefeuille serait meilleure s'ils procédaient moins fréquemment à des achats ou des ventes de titres. Cette sous–performance ne peut par ailleurs pas s'expliquer exclusivement par les frais de transaction additionnels encourus en traitant plus souvent. Le phénomène documenté par Odean est cohérent avec l'idée que les investisseurs surestiment non seulement la précision de leur information (ce qui les induit à traiter trop souvent) mais aussi leur propre capacité d'interpréter cette information (ce qui les induit à faire des erreurs répétées). Ceci peut expliquer leur sous-performance au-delà des frais de transaction additionnels encourus.

 

Un autre phénomène bien connu est celui du « home bias », c'est-à-dire la tendance des gens à favoriser leur propre pays ou région dans leurs investissements. Ceci conduit, pour beaucoup d'entre eux, à des portefeuilles avec une forte concentration géographique. Les explications potentielles de ce phénomène sont multiples mais l'une d'entre elles en particulier mérite d'être mentionnée dans le contexte de cet article. C'est l'idée que les gens préfèrent des investissements locaux parce qu'ils pensent mieux connaître et comprendre les entreprises qui sont proches d'eux. Pourtant de nombreuses études ont montré qu'en pratique la performance des investisseurs particuliers locaux n'est pas meilleure en moyenne que celle des investisseurs sans lien géographique. Le « home bias » est donc cohérent avec l'idée que les investisseurs sont trop confiants dans leur capacité d'évaluer des entreprises locales : en choisissant des portefeuilles concentrés dans des titres locaux, ils n'obtiennent pas de gain de rendement en moyenne. Par contre, ils subissent clairement un manque de diversification et ils pourraient réduire la volatilité de leurs portefeuilles en procédant à une plus grande diversification géographique.

 

L'erreur est humaine - on le savait déjà. Ce qui est plus intéressant est que dans beaucoup de circonstances, ces erreurs ont un aspect répétitif. Ceci les rend prévisibles et donc, du moins en partie, corrigibles. Pour pouvoir espérer les corriger, il s'agit d'abord de reconnaître les situations qui sont susceptibles de les générer et d'être sur ses gardes dans ce type de circonstances.
 

 

 

Yves Nosbusch
Chief Economist
BGL BNP Paribas

Publié dans le Luxemburger Wort le 30 août 2014

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