Yves Nosbusch

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Effondrement du prix du pétrole : causes et conséquences dotted

 

Depuis le mois de juin, le cours du pétrole brut s'est effondré - de plus de 40% quand on l'exprime en dollars et de plus de 30% en euros. Ce mouvement s'est accéléré au cours des dernières semaines. Comment expliquer cette baisse spectaculaire ? Quels sont les principaux gagnants et perdants d'une baisse du prix du pétrole ? Quelles en sont les conséquences probables pour la croissance et l'inflation en zone euro et au niveau mondial?

 

Une question d'offre et de demande

L'industrie du pétrole a connu un changement structurel au cours des dernières années avec l'importance croissante de l'extraction du pétrole de schiste. Aux États-Unis, la production de ce type de pétrole est aujourd'hui proche de 4 millions de barils par jour, ce qui représente près de la moitié de la production du pays. De ce fait, les États-Unis ont fortement réduit leur dépendance des importations de pétrole et pourraient même devenir un exportateur net de pétrole dans les années à venir. Du côté des pays-membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la production est également restée soutenue et ce en dépit des nombreuses tensions géopolitiques récentes. Ainsi, le groupe des pays de l'OPEP continue à produire autour de 30 millions de barils par jour.

 

Si la production globale a vu une forte croissance, il n'en a pas été de même du côté de la demande au cours des derniers mois. En effet, la croissance mondiale a déçu par rapport aux prévisions de début d'année, notamment en Chine qui est un des principaux importateurs de matières premières et de pétrole en particulier.

 

La position de l'OPEP

Face à ce déséquilibre croissant entre l'offre et la demande, la réunion de l'OPEP du 27 novembre était un moment clé. À la surprise de beaucoup d'observateurs, l'OPEP a décidé de ne pas réduire sa production de pétrole. Suite à cette annonce, le cours du pétrole a encore baissé fortement pour tomber à un niveau autour de 60 dollars par baril. À ces niveaux de prix, certains producteurs du pétrole de schiste pourraient rencontrer des difficultés pour couvrir leurs frais de production à terme et on peut se demander si le but de l'OPEP n'est pas d'essayer ainsi de réduire leur part de marché. Pour autant, la baisse des prix du pétrole pourrait également s'avérer très coûteuse pour les pays de l'OPEP. Pour ces pays le risque est en grande partie politique dans la mesure où les promesses actuelles de dépenses publiques reposent souvent sur des prix du pétrole au-dessus de 100 dollars par baril.

 

Impact sur l'inflation et la croissance

Une baisse du prix du pétrole réduit l'inflation de façon directe via la composante des prix énergétiques dans les indices de prix. En outre, elle peut réduire l'inflation de façon indirecte via la réduction du coût de production d'autres biens et services et des coûts de transport. Elle pourrait donc également avoir un effet négatif sur l'inflation sous-jacente qui exclut les prix énergétiques et alimentaires. Ceci ne devrait pas faciliter la tâche de la Banque centrale européenne (BCE) à court terme qui fait déjà face à une inflation qui se rapproche de zéro. La BCE a d'ailleurs revu substantiellement à la baisse ses prévisions d'inflation pour 2015, qu'elle estime désormais à 0,7% (ce qui correspond à une baisse de 0,4% par rapport aux prévisions du mois de septembre) après 0,5% en 2014. Il faut noter que ces révisions ne tiennent pas encore compte des dernières chutes de prix du pétrole suite à la réunion de l'OPEP. Au Luxembourg, ces effets se feront également ressentir par une baisse significative de l'inflation.

 

En termes de croissance, les effets positifs de la baisse du cours du pétrole viennent d'une augmentation du pouvoir d'achat des ménages et d'une réduction des coûts de production des entreprises en dehors du secteur pétrolier. En zone euro, ces effets positifs devraient être substantiels ce qui est une bonne nouvelle dans un environnement de croissance qui reste fragile. L'impact de la baisse du prix du pétrole sera bien sûr différent pour des pays qui sont des exportateurs importants comme la Russie, le Venezuela, le Mexique ou la Norvège, où la croissance devrait souffrir. Au niveau global, en dehors de la zone euro, c'est surtout aux États-Unis que les consommateurs et les entreprises devraient profiter de cette baisse du prix du pétrole.

 

Prix du pétrole brut
Sources : Macrobond, BGL BNP Paribas


 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

 

Publié dans le Luxemburger Wort le 18 décembre 2014.