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Chine : ralentissement dotted

 

Depuis l'été 2014, les signes d'un ralentissement en Chine se sont multipliés. La production d'électricité a fortement diminué et la croissance de la production industrielle a atteint son point le plus bas depuis 2009. Le taux de croissance s'est finalement établi à 7,4% pour l'année 2014, après un taux de 7,7% en 2013, et ce ralentissement devrait se poursuivre en 2015.

 

Changement de paradigme

Pendant longtemps, le succès économique de la Chine reposait principalement sur le commerce international. On s'était habitué aux taux de croissance à deux chiffres que le pays affichait année après année, tiré par son secteur des exportations. La crise économique qui a commencé en 2008 a conduit à une très forte réduction du commerce mondial et a ainsi posé un défi immédiat à la Chine. Le pays a réagi de façon rapide et décisive en lançant un programme d'investissement public de très grande envergure – rien que pendant l'année 2009, les nouveaux prêts accordés par les banques commerciales au secteur privé non financier représentaient 32% du PIB. L'investissement, qui représente aujourd'hui de l'ordre de 50% du PIB, est ainsi devenu le moteur principal de la croissance chinoise depuis 2008.

 

Cependant, cet investissement s'est également accompagné d'une très forte croissance du crédit. Même si l'endettement des ménages et du gouvernement central reste modéré en comparaison internationale, le crédit aux collectivités locales et aux entreprises a très fortement augmenté, notamment dans le secteur de l'immobilier. On estime que la dette interne de la Chine (hors gouvernement central) approche les 200% du PIB, en augmentation de plus de 70% depuis 2008. À terme, la croissance ne pourra pas continuer à reposer sur une progression exceptionnelle de l'investissement et du crédit. Les excès de capacité qui ont commencé à s'accumuler dans certains secteurs en témoignent.

 

Les défis du rééquilibrage

Face à ces déséquilibres croissants, les autorités chinoises ont réagi en durcissant les conditions de crédit et en renforçant la supervision du secteur financier - notamment celle du shadow banking, c'est-à-dire des activités de financement qui ne tombent pas sous la supervision bancaire traditionnelle - et du financement des collectivités locales. De leur côté, les banques ont enregistré une forte augmentation des créances douteuses : en septembre 2014, elles avaient progressé de 36% sur un an. Les nouveaux flux de financement ont, quant à eux, chuté de l'ordre de 30%. Le ralentissement nécessaire de la croissance du crédit a donc commencé : le taux de croissance annuel de la dette interne de la Chine (hors gouvernement central) a été ramené de 18,4% à 14,2% en l'espace d'un an.

 

L'investissement et le secteur immobilier

L'investissement en a pâti, particulièrement dans le secteur de l'immobilier. Sur la période janvier-novembre 2014, la croissance de l'investissement total est tombée de 19,6% à 15,8%. La croissance de l'investissement immobilier est, quant à elle, tombée de 20,3% à 11,9%. Le secteur de l'immobilier a en effet subi un ralentissement substantiel. En novembre 2014, les volumes de ventes avaient chuté de 11,1% sur un an. Les prix de nouvelles maisons ont également enregistré des chutes significatives dans un nombre record de villes.

 

 Chine

 

Actions de la banque centrale

Afin d'éviter un ajustement trop brusque, la banque centrale a pris un certain nombre de mesures accommodantes au cours des derniers mois, comme une baisse des coefficients de réserves obligatoires pour les petites institutions de crédit ou encore des mesures visant à renforcer le crédit aux petites et moyennes entreprises. Au mois de novembre, elle a réduit ses taux de référence. De façon plus générale, les réformes du secteur financier et la libéralisation graduelle des taux d'intérêt se poursuivent.

 

Par ailleurs, l'investissement public dans les infrastructures, qui continue à afficher un taux de croissance autour de 20%, reste un facteur de soutien important. Même si ces mesures accommodantes ont pu éviter un ajustement plus violent à court terme, la question centrale reste de savoir si la consommation intérieure sera assez forte pour prendre le relais des exportations et de l'investissement dans le modèle de croissance chinois.

 

 

 

Yves Nosbusch

Chief Economist

BGL BNP Paribas

 

Publié dans le Luxemburger Wort le 21 janvier 2015.